Douceur ou colère?


 
 

Douceur chrétienne


La douceur est avec Sa miséricorde la seule caractéristique que Jésus donne de lui-même (Mt 11,29), elle est la toute-patiente toute-puissance de l’Amour, la force maîtrisée de la vérité qui ne peut s’exprimer que par la paix. Le contraire de l’irraisonnée, aveugle et destructrice volonté d’affirmation de soi:
La simple émotion de colère est en soi moralement neutre car elle peut être orientée à bon escient; le péché de colère a au moins une de ces 3 caractéristiques en plus: son objet est injuste, son intention faussée, sa réaction démesurée. Cettecolère est l’attitude caractéristique des démons (Ps 58,5) et le péché de révolte de l’homme lié à son orgueil; cette colère rabaisse plus ou moins l’homme à un état irrationnel et conditionné quasi bestial, provoquant un comportement violent semblable à celui de l’animal dont on menacerait un bien propre perçu comme nécessaire à sa survie et à sa pérennité (territoire, nourriture, femelle, petit,…)
Décrivons brièvement la pensée de colère, non pour s’auto-culpabiliser inutilement mais pour apprendre en vérité à désirer la seule douceur digne de l’être humain (et pour chercher à imiter les même sentiments du Christ -Ph 2,5):
La colère exprime:
* le désir plus ou moins conscient de me faire moi-même justice,
* l’insatisfaction de mes besoins essentiels perçus, ce qui est le résultat d’un trop grand attachement à ma volonté propre et d’un manque de confiance en Dieu.
Conséquence fréquente:
* persuadé d’avoir raison (éventuellement à juste titre devant une souffrance…), et m’arrogeant du fait de cette certitude tous les droits, aussi disproportionnés soient-ils, je privilégie de façon irraisonnée le soulagement immédiat d’une tension intérieure personnelle quels qu’en soient les effets.
* je refuse l’autre en tant qu’il limite mon pouvoir personnel: je refuse de prendre en compte le réel avec ses contrariétés, je m’isole et m’enferme.
* je refuse même de reconnaître mon mouvement colérique et les actes disproportionnées que cela a provoqué de ma part (en y ajoutant un mouvement d’orgueil qui m’empêche de demander pardon),
* je m’autojustifie (en y ajoutant une pensée de jugement sur autrui): « j’ai bien droit d’obtenir cela », ou sinon je tombe dans un sentiment de culpabilité et d’impuissance déprimant.
Ma « petite » colère alimente spirituellement les grandes « colères » entre groupes et nations…

1. Douceur que Dieu a eue pour toi
Toute la Parole de Dieu n’est qu’une invitation patiente de Dieu à te laisser aimer et à aimer:
Mt 11,28 Venez à moi, vous tous qui peinez… mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos pour vos âmes.
Ps 85,4 Vers toi j’ai élevé mon âme, car tu es plein de douceur et de bonté.
Is 42,3 Il ne brise pas le roseau froissé, il n’éteint pas la mèche qui faiblit.
Le Seigneur ne fait pas de reproche au fils prodigue ni au fils qui dit « non », il ne s »impose jamais mais se propose:
Ap 3,20 Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi.
Mt 19,21 Si tu veux être parfait…
Is 5,4 Que pouvais-je encore faire pour ma vigne que je n’aie fait?
Nul n’est doux comme Dieu (cf. Jr 10,6), qui se décrit lui-même comme l’Agneau immolé (Ap 5,12) pour ton salut.

2. La colère de Dieu?
La « vengeance de Dieu » (Is 35,4) n’est jamais à comprendre selon la lettre mais selon l’Esprit qui est l’auteur principal de la Parole, et sans jamais faire abstraction du contexte, autrement on choisirait une « hérésie » (« choix » en grec, d’un verset, en le coupant du reste). La tradition unanime des Pères permet de comprendre: comme lors de la purification du Temple où le Christ renverse les objets de lucre mais pas les marchands (Jn 2), la colère de Dieu ne s’adresse qu’au péché qui nuit à l’homme, et non au pécheur. Sa colère est Sa Sainteté qui n’opère que le Salut.
B XVI Munich 2008: La « vengeance de Dieu » c’est « la croix », c’est son amour miséricordieux: le ‘non’ à la violence, ‘l’amour jusqu’à la fin’.

3. Ta douceur pour autrui…
1Co 11,1 Mon modèle à moi, c’est le Christ.
Choisis donc ton camp entre le Christ miséricordieux, Défenseur (Jn 14,16), et le démon, l’Accusateur de nos frères (Ap 12,10).
Mt 5,44 Aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs.
Lc 6,30 A qui te prend ton bien, ne le réclame pas.
Col 3,12 Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des entrailles de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience.

Comment? (20 tuyaux pour la douceur):
– Mets en œuvre les 5 moyens pratiques habituels de la vie chrétienne (cf. fiche: Parole de Dieu, Prière, Réconciliation, Eucharistie Vie dans l’Eglise). En particulier, la prière du coeur occupe ton âme et ton esprit à Dieu et te préserve de chuter.
– Il ne s’agit pas de ne pas être colérique (caractère de départ), mais de transformer ta colère en zèle pour aimer.
– Fuis les péchés préparatoires de la colère: jugements, fermetures
Applique-toi particulièrement à la maîtrise de soi en gardant le silence à chaud: transforme tes absolus de pensée (« il faut ») en souhaits communicatifs (« j’aimerais que »).
– Ne réponds jamais quand on te dit des choses désagréables, même injustes: la patience est sans condition.
– Ne contredis jamais autrui en ce qui ne touche pas à la vérité de Dieu (ie aussi charité) ou au bien véritable des autres.
Ne critique jamais une personne pour ce qu’elle est, un de ses traits de caractère…
Ne défends jamais ce que tu crois être la vérité par une attitude qui pourrait passer de près ou de loin) pour de la colère pour autrui: prétendre défendre la Vérité par la colère est servir le mensonge, car selon notre foi, la Vérité n’est jamais une idée qui s’impose par la force, mais la personne de Jésus-Christ qui se rencontre.
Rm 12,14 Bénissez, ne maudissez pas! (ce qui vaut pour toute personne ou objet!)
– Vis le détachement: si tu ne convoites plus, tu n’as plus besoin de te mettre en colère pour défendre quoi que ce soit
Ne cherche pas à défendre quoi que ce soit pour soi.
– Attends ta justice de Dieu seul.
– Redeviens enfant de Dieu malgré tes duretés accumulées: toute confiance en Dieu
– Sois doux, pas mou: oriente ton zèle et ton énergie vers ce qui seul en vaut la peine: la charité et le Royaume de Dieu.
Dire que l’Evangile contrarie le désir de faire de grandes choses et d’être le premier, est faux. Jésus dit: « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9,35).
– La seule vraie force est de prendre sur soi avec la grâce de Dieu, jamais de répondre avec le genre d’armes des agresseurs
Mt 5,8 Heureux les doux, ils hériteront la Terre. (ie la Terre de la Promesse: la douceur est donc la nouvelle naissance de l’homme sauvé, alors que la colère est le râle de l’homme charnel, c’est-à-dire selon l’expression de Paul -Rm 7,14- du péché en nous).
– La persécution est une occasion par excellence de bénir: le Chrétien ne peut pas se contenter d’aimer ceux qui l’aiment (Mt 5,46)
– Aie conscience que la charité est plus difficile avec ceux qu’on fréquente habituellement.
Vulnérabilité acceptée: préfère être blessé que blesser.
– Donne en toi le maximum d’espace pour l’autre (vs écraser).
– Ecoute Dieu, adore Dieu, reçois Dieu pour aimer comme Dieu. Comme le Christ, identifie-toi avec la faiblesse (hormis le péché) des hommes.
– Ne cherche pas à avoir le dernier mot mais le dernier silence
– Accepte de reconnaître la Sagesse divine donc supérieure de l’Evangile du Christ, et efforce-toi d’en vivre l’exigence folle aux yeux du monde: Mt 5,40 Si quelqu’un veut prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau.
– Attention aux restes de violence en toi; passe de l’envie de dominer au désir de diminuer (Jn 3,30).
– Attention la fuite n’est en général pas recommandable car elle peut être un refoulement, et le refus de grandir dans l’amour fraternel.
Connais-toi toi-même et connais l’autre (voir fiche Relation): nous sommes tous irrités chez autrui par ce que nous avons réprimé en nous-mêmes.
– Pour aider les autres à être doux, fais montre de discrétion et d’humilité dans ton existence afin de ne pas leur être un fardeau sujet d’irritation : dialogue d’abord en vérité, transpose-toi à leur place pour évaluer réellement leurs attentes, alors tu peux leur demander une aide ou quelque chose sans leur imposer ce qu’ils percevraient comme un abus.

Ps 90,17 La douceur du Seigneur soit sur nous!
Ez 36,26 Et je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair.

Quelques citations:
St François de Salles: Tout faire par amour, rien par force.
Madeleine Delbrel: Aie la passion des patiences.
Ephraïm: Si tu veux être doux, sois brisé… Dans la douceur se trouve la « violence » qui s’empare du Royaume (Mt 11,12)…; sois désarmant parce que désarmé.
Charles de Foucauld: C’est à l’heure de l’anéantissement le plus complet que le Seigneur Jésus a sauvé le monde…
Mon apostolat doit être celui de la bonté. En me voyant, on doit se dire: puisque cet homme est si bon, sa religion doit être bonne. Et si l’on me demande pourquoi je suis doux et bon, je dois dire: parce que je suis le serviteur d’un bien plus bon que moi. Si vous saviez combien est bon mon maître Jésus! Je voudrais être assez bon pour qu’on dise: si tel est le serviteur, comment donc est le Maître!
1P 2,23 Insulté, il ne rendait pas l’insulte, souffrant il ne menaçait pas.
Syméon le Nouveau Théologien (v.949-1022), moine orthodoxe Catéchèse 27 (trad. Orval,; cf. SC 113, p. 127): Ton Maître ne se fâche pas sous la raillerie; et toi, tu t’énerves? Lui supporte crachats, gifles, coups de fouet; et toi tu ne peux pas accepter une parole dure? Lui accueille la croix, une mort déshonorante, la torture des clous; et toi tu n’acceptes pas de remplir les services les moins honorables? Et comment deviendras-tu participant de sa gloire (1P 5,1) si tu n’acceptes pas de devenir participant de sa mort déshonorante? Vraiment, c’est en vain que tu as abandonné les richesses, si tu ne veux pas prendre la croix, comme il l’a lui-même ordonné avec sa parole de vérité. « Vends ce que tu as et donne-le aux pauvres », prescrit le Christ au jeune homme ainsi qu’à nous-mêmes; « Prends ta croix », « viens et suis-moi » (Mt 19,21.16,24). Toi, tu as bien partagé tes richesses, mais sans accepter de prendre la croix c’est-à-dire de supporter vaillamment l’assaut de toutes les épreuves; tu t’es égaré sur le chemin de la vie et t’es séparé, pour ton malheur, de ton très doux Dieu et Maître. &nbsp   &nbsp Je vous en prie, mes frères, observons tous les commandements du Christ, supportons jusqu’à la mort, pour l’amour du Royaume des cieux, les épreuves qui nous assaillent afin de communier à la gloire de Jésus, d’avoir part à la vie éternelle et d’hériter de la jouissance de biens indicibles, dans le Christ Jésus notre Seigneur.