Dîme


 
 

Dîme dans la bible


La dîme est un commandement de la Parole de Dieu (Lv 27,30 et al.) consistant à partager le dixième de tous ses revenus avec les prêtres et ceux qui dans l’Eglise, ont tout laissé pour le service de Dieu. Cela pourrait sembler injuste si on ne tenait pas compte de ce que dès l’Ancien Testament, les Lévites ne recevaient ni ne transmettaient aucune propriété, leur seul héritage (kleros) étant Dieu.
Cette dîme signifie la reconnaissance à la fois spirituelle et matérielle que tous les biens viennent de Dieu. En effet, la conversion touche tous les aspects de la vie, sans exclure le porte-monnaie. Si cela ne te « coûte » pas justement un peu, c’est que ce n’est pas encore vraiment un don. La Parole de Dieu nous indique que nous ne sommes qu’intendants de tout ce que le bon Dieu nous a confiés (Ag 2,8 « A moi l’argent!… »; Mt 25,15s: talents; 1Co 4,7 Qu’as-tu que tu n’aies reçu?).

La pratique de la dîme n’est pas littéralement citée dans le Nouveau Testament mais ce qui est décrit en est l’accomplissement: le commandement n’est pas aboli par le Christ (Mt 5,17) mais transformé, comme en témoignent les Actes des apôtres (Ac 2,44s; 4,34s), les collectes suscitées par Paul pour l’Eglise (1Co 16), et le témoignage des premiers Chrétiens (Didachè 13,3-7).
La dîme inclut non seulement les biens matériels mais aussi le partage de ton temps, de tes talents, de ta capacité d’aimer. Il s’agit d’un commandement de charité, nous faisant participer personnellement au service de ceux qui, dans tous les états de vie (laïcs et clercs), travaillent le plus directement « pour « la gloire de Dieu et le salut du monde » (ministère pour le salut des âmes).

La dîme est indépendante de l’impôt des Etats (que payaient déjà le Christ et les apôtres eux-mêmes, cf. Mt 17,27) et des dons faits à nos proches (cf. Mt 5,46) ou en plus de ce que la Parole de Dieu requiert.
On la différencie de l’aumône par sa destination principale (l’aumône s’adresse au besoin de toute personne) et sa régularité (l’aumône est la réponse à un besoin ponctuel).

La dîme n’est donc pas un précepte périmé mais une partie essentielle de l’acte de Foi et une clef fondamentale pour la confiance qui est le coeur de la vie spirituelle (cf. Mt 6,24-34).
Avant même d’être un don pour les autres (les nécessités matérielles des pauvres matériels et spirituels), elle est un don dont j’ai moi-même besoin pour ne pas m’idolâtrer moi-même (et mes « capacités ») ou idolâtrer le monde (et ses apparences de sécurités), mais m’appuyer d’abord sur Dieu. Dans ta faiblesse, Dieu multiplie. Il s’est engagé en personne et explicitement (Mc 10,30 et al.) à prendre en charge toutes tes nécessités. Et il est intelligent et sage d’appliquer sans arrangements obscurs la proportion du dixième qu’Il a lui même fixée.

Qui y est tenu?
Tous, quelle que soit la richesse ou la pauvreté (cf. la pauvre veuve, Lc 21,4). Les bénéficiaires eux-mêmes donnent aussi 10% de leurs revenus (Nb 18,2: dîme de la dîme) à ceux qui en ont le plus besoin (maisons de mission notamment).

Quelles ressources sont concernées?
Tout revenu: salaire, indemnités, cessions de biens mobiliers et immobiliers, héritage, dîme reçue soi-même… ; mais pas les remboursements de frais (assurances) ou de prêts.

Combien?
Cette proportion d’un dixième est donnée par Dieu (Dt 14,28 et al.), et par conséquent il est bon de s’y tenir. En même temps, la Parole de Dieu transmise par l’Eglise invite à recevoir tout commandement dans la liberté de l’Esprit Saint (cf. 2Co 3,17; Rm 8,2): ce qui importe n’est pas le respect scrupuleux de ce taux mais la générosité réelle et concrète.
Ml 3,8 Un homme peut-il tromper Dieu? Or vous me trompez! – Vous dites: En quoi t’avons-nous trompé? – Quant à la dîme et aux redevances…. 10 Apportez intégralement la dîme au trésor, pour qu’il y ait de la nourriture chez moi.

A qui?
Si on se veut catholique: aux prêtres et communautés religieuses de l’Eglise catholique (en laquelle nous professons notre foi à chaque Credo) impliqués dans la mission (ce qui inclut les communautés contemplatives!) et les œuvres de charité.
Plutôt que de disperser notre aide selon les fréquentes sollicitations marketing, il est bon une fois par an de déterminer quelle mission on désire particulièrement soutenir et de répartir notre aide sur quelques unes parmi les œuvres qui en ont le plus besoin, qu’elles soient locales (denier du culte diocésain) ou lointaines (formation, mission en pays pauvre ou de persécution). Pour soutenir le ministère sacerdotal, la dîme peut être versée sous forme d’offrandes de messe.

Comment?
Avec le cœur, et dans la discrétion (pas de plaque en marbre… cf. Mt 6,2: « ils tiennent déjà leur récompense »).
Comme tout commandement divin, la dîme ne se contente pas du geste extérieur mais demande la générosité, et l’implication de toute la personne.
2Co 9,7 Que chacun donne selon ce qu’il a décidé dans son coeur, non d’une manière chagrine ou contrainte; car Dieu aime celui qui donne avec joie.
Dans la corresponsabilité avec ceux qui bénéficient concrètement de ces dons, dans l’honnêteté et la vérité, en évitant que la piété soit « source [de manipulation et] de profit » (1Tm 6,5). La transparence et la collégialité doivent permettre d’éviter tout appât du gain et injustice et de garder la simplicité radicale de la vie évangélique.

Quelles promesses de Dieu?
Augustin explique: « L’amour n’est pas pour la récompense, mais l’amour n’est pas sans récompense. »
La Parole de Dieu attache à la dîme de nombreuses promesses:
* bénédictions de YHWH en tous travaux (Dt 14,8)
* larges excédents (2Ch 31,10)
* ouverture en notre faveur des écluses du ciel (Ml 3,10)
* superflu comblant de toutes sortes de libéralités (2Co 9,8).



Au delà de la dîme: donner toute sa vie pour la gloire de Dieu et le salut des âmes…
Irénée de Lyon Contre les Hérésies IV,17,5, – 18,1-3: Jadis, on donnait la dîme de ses biens pour être consacrés; mais ceux qui ont acquis la liberté, mettent joyeusement tout ce qu’ils ont à l’usage du Seigneur, donnant avec joie et librement des biens moindres parce qu’ils ont l’espérance de plus grands biens, comme cette femme,  veuve et pauvre, qui mettait alors dans le trésor de Dieu tout ce qu’elle avait pour vivre (Mc 12,44).
Haer 5,21-22 PG 7, 1159; SC 153, 261s: Dieu n’a pas besoin pour eux-mêmes de nos sacrifices, mais celui qui les offre est glorifié en son présent, lorsqu’il est agréé. Un présent fait à un roi témoigne de l’estime et de l’affection qu’on lui porte: aussi le Seigneur désire-t-il que nos offrandes soient faites en toute simplicité et en toute innocence, après nous être réconciliés: Mt 5,23-24 « Présente ton offrande ».
Nous devons présenter à Dieu les prémices de sa création; Déjà Moïse nous y invite: Dt 16,16 « Tu ne paraîtras pas les mains vides devant le Seigneur ton Dieu. » Ainsi, en son offrande, l’homme témoigne sa reconnaissance.
La réalité du sacrifice n’est pas abolie. Il n’est rien d’inutile, rien qui ne renferme un sens, ne fasse argument auprès de Dieu. Ainsi les juifs lui consacraient la dîme de leurs biens; aujourd’hui ceux qui sont des hommes libres mettent toutes leurs richesses au service du Seigneur et donnent, d’un coeur libre et joyeux, ce qu’ils ont de plus cher, dans l’espérance de biens plus grands encore: comme cette veuve pauvre qui jeta dans le tronc de Dieu tout ce qu’elle avait pour vivre.