Saint Paul
PAUL (personnalité et spiritualité) et ses EPITRES
Paul est un personnage absolument fascinant, fondateur et pasteur inlassable, un des premiers mystiques, penseur et théologien d’une puissance exceptionnelle, écrivain passionné et passionnant, au carrefour des cultures juives et gréco-romaines, l’interprète majeur des Évangiles, authentifié par la sainteté de son ministère et son martyre. Après avoir été en un instant « enveloppé de lumière » et avoir reçu le Saint-Esprit, il parcourt plus de 12 000 km, prêchant et enseignant « à temps et à contretemps ».
Par les écrits de son « Ecole » et ses missions (les deux tiers des Actes), il est à l’origine d’un tiers du Nouveau Testament. Les Pères de l’Eglise à partir d’Origène et Clément d’Alexandrie nommèrent Paul simplement « l’Apôtre« , pour souligner cette singularité. Après Jésus, il est le personnage le mieux connu du Nouveau Testament.
Les tentatives des derniers siècles de le caricaturer en moralisateur et misogyne et de l’opposer au Christ se révèlent définitivement vaines: Paul a providentiellement universalisé la portée de l’Evangile et commencé la formulation des dogmes de l’Eglise. Nous le montrerons en présentant son parcours et ses treize épîtres.
Paul est interprète de l’évènement du Christ, mais fait aussi partie de cet évènement fondateur. Il est exégète de l’exégète du Père (cf. Jn 1,18).
Sa mission ne pourra pas être circonscrite ici-bas car il est intendant des Mystères divins (1Co 4,1).
Ses épîtres présentent les conséquences de l’Incarnation et de la Pâque, l’essence de Dieu… : c’est infini.
Jean Chrysostome (Préface aux épîtres de St Paul): « Quand j’écoute les épîtres de Paul, je saute de joie, tout au plaisir d’entendre cette trompette spirituelle, je suis plein d’enthousiasme, je brûle de tendresse pour lui, je reconnais la voix de mon ami, je crois presque le voir devant moi et l’entendre disserter… »
(Panégyriques, SC 300): « Quel discours sera à la hauteur de Paul?… Paul est une âme de diamant… Le coeur de Paul était le coeur du Christ… Ne pas se contenter de regarder le saint apôtre Paul, mais l’imiter. »
Lacordaire +1861: « Paul est le théologien du Nouveau Testament, et le dernier degré de la profondeur dans les choses divines… Tous les coups de sa foudre ébranlent et saisissent; il n’y a plus rien au dessus de lui… St Paul étudié et goûté, les Ecritures sont à vous. »
Sources sur Paul:
Epîtres (passage biographiques: Ga 1:13-2,21 et 2Co 11:16-33 ; 12,1-12. Ph 3:5-6) ; Actes* ; apocryphes (Actes de Paul par un prêtre d’Asie mineure vers 160 AD ; Actes de Pierre et Epître des Apôtres vers 180 …) ; archéologie (2Co 11,32 Arétas IV nabatéen à Damas en 37 ; Ac 11:28 famine confirmée par de nombreuses sources ; Ac 18:2 expulsion des Juifs de Rome confirmée par Suétone et Dion Cassius ; Ac 18:12 : inscription de Delphes copiant la lettre de Claude sur Gallion en 51 ; Ac 24:27 Félix remplacé par Festus confirmé par Josèphe en 56) ; histoire antique pour le contexte.
* Principe de Knox (John Knox, 1900–1992, exégète protestant américain) : Les épîtres sont plus fiables que Ac (plus apologétique) quand il y a une divergence des récits: « On peut, avec précaution, utiliser les Actes pour compléter les données autobiographiques des Lettres [de Paul], jamais pour les corriger. »
Voir bibliographie en fin de fiche.
Nom et origine de Paul:
Ac 12-13 Shaul (hébreu; la déformation phonétique Saül n’existe qu’en français) = appelé [avec des prières], désiré, réclamé; il demande, envoie ou est envoyé.
Paulos (grec), de paulus (latin): petit, faible, chétif. (A partir de Ac 13:9, l’auteur des Actes, comme apparemment aussi Paul lui-même, le désigne par son nom romain. En grec, saulos avait une connotation négative pour les hommes et signifiait quelque chose comme « sautiller ». Il est possible que quelqu’un à Antioche ait donné à Saul des conseils avant qu’il ne parte plus à la rencontre du monde romain. Se qualifier de « sautilleur » devant des philosophes et des gouverneurs romains ne ferait probablement pas bonne impression).
Ph 3:5 « Circoncis le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreux. Pour la loi, Pharisien, 6 pour le zèle, persécuteur de l’Église ; pour la justice qu’on trouve dans la loi, devenu irréprochable ». (Gn 49,27 Jacob: « Benjamin est un loup ravisseur. Le matin il déchire sa proie, le soir il partage sa nourriture »).
Comme Saül de l’Ancien Testament, benjaminite aussi, avait lutté contre David élu de Dieu, Saul lutte (d’abord) contre le fils de David (le Messie).
Ac 22:3 « Je suis Juif, né à Tarse [ville hellénistique] de Cilicie, mais élevé dans cette ville-ci [Jérusalem], [et] instruit/paideuô aux pieds de Gamaliel [l’Ancien, disciple de Hillel ; école, probablement élève dès 13 ans, d’où sémitismes dans son langage] selon l’acribie/exactitude de la loi de nos pères, étant zélé pour Dieu, comme vous l’êtes tous aujourd’hui… 25 romain… 28 de naissance ».
Ac 23:39 « Je suis Juif, de Tarse en Cilicie, citoyen d’une ville qui n’est pas sans renom… »
Né vers l’an 8 de l’ère chrétienne, il commence sa vie chrétienne à l’âge du Christ au début de sa mission (Lc 3:23).
Célibataire (1Co 7:7-8).
Fabricant de tentes (Ac 18:3): skênopoios, fabricant de Shekhina (présence de Dieu) !
Jérôme (de viris illustribus 5): Paul de Tarse était originaire de Giscala (Galilée, nord-ouest du Mont Meron: Al Jish maronite), comme le zélote Jean de Giscala qui eut un rôle dans la destruction du Temple en 70 selon F. Josèphe (Guerre 4,2,2s ; Jean de Giscala fit fortifier la ville et ses habitants furent massacrés; Guerre 2,21,2 connue pour son huile // Sifre Dt 355; T Men 9,5; Men 85b; et en Qo Rabba 2,8 aussi pour la qualité de sa soie.) On y trouve les restes de deux synagogues découvertes par Renan (Mission de Phénicie), les tombes de Shammai/Shemaya et Avtalion maîtres de Hillel.
Apparence physique:
Les Actes de Paul (IIè siècle) et l’iconographie traditionnelle le présentent sous les traits d’un homme barbu et chauve, comme Platon et Plotin, selon l’image imposée qu’il fallait donner aux philosophes après le IIIè siècle ; ceci aurait aidé à vaincre la résistance des élites néoplatoniciennes. Visage émacié, nez aquilin, yeux perçants, barbe fournie, front haut largement dégarni avec une touffe de cheveux sombres.
Il se décrit humblement : « avorton » (1Co 15:8) et « c’est un corps chétif, et sa parole est nulle » (2Co 10:10), mais il survit un jour et une nuit dans l’eau (2Co 11:25).
Actes de Paul et Thècle 2,3 (IIè s.): « C’était un homme de petite taille, la tête chauve, les jambes arquées, le corps bien formé, les sourcils joints, le nez quelque peu saillant, mais (un homme) plein d’amabilité. Parfois, en fait, il avait la ressemblance d’un homme, d’autrefois son visage était celui d’un ange. » La référence à la calvitie tire peut‐être son origine au voeu qu’il fit à Cenchrées (Ac 18:18).
Contexte historique:
L’empire romain compte alors une population de 60 à 80 millions de personnes, dont 4 à 6 millions sont Juifs (2 en Palestine).
Paul a voyagé par terre et mer, grâce à la Pax romana et aux bonnes routes de l’empire romain. Ce monde est à la fois divers et unifié.
Les conversions de prosélytes, païens attirés par le monothéisme et l’éthique juive dès la première moitié du Ier s, comme à Rome ou dans la famille royale d’Adiabène, réactive la réflexion des Juifs sur la mixité sociale, les obligations légales, la vocation d’Israël à l’universalité: être une « lumière pour les nations » (Is 49:6).
Sa rencontre du Christ (enveloppement de lumière):
L’Ecriture ne parle pas à son propos de « conversion » : Paul dit « [Dieu] m’a dévoilé son Fils » (Ga 1,16), et « Je ne vis plus, c’est le Christ qui vit en moi » (2,20) ; à midi, il a été enveloppé d’une lumière céleste (periastraptô, perilampô) « plus éclatante que le soleil » (Ac 26:13; voir les trois témoignages de Ac 9:3; 22:6; 26:13 : « éclat d’un éclair » – comparer Ac 9:1-30, Ac 22:1-22, Ac 26:12-23), comme une expérience de Transfiguration (Mt 17,2), à midi comme la Samaritaine (Jn 4,6), heure de rencontre avec le Messie lumière du monde.
La Liturgie latine interprète cette rencontre renversante (cf. Ac 9:2) en parlant de « conversion » (à partir du VIIIè siècle, peut-être suivant Augustin qui interprète l’événement d’après sa conversion) ; l’Orient byzantin n’a pas cette fête du 25 janvier (Grégoire de Nazianze), qui n’apparaît que bien tardivement dans des fresques.
En un instant, il reçoit la compréhension de ce que les autres Apôtres avaient reçu en trois années de fréquentation du Messie.
Ga 1:12 « Ce n’est pas par un homme que l’Évangile m’a été transmis et enseigné, mais par une révélation/apocalupsis de Jésus Christ ».
1Co 15:8 « En tout dernier lieu, il m’est aussi apparu (ôphthè), à moi l’avorton. Car je suis le plus petit des Apôtres, moi qui ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. Mais ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu… »
Ac 26:19 : optasia / vision.
Le Seigneur se préoccupait de lui (Ac 26,14 « Il t’est dur de regimber contre les aiguillons »), lui a fait grâce (1Tm 1,14) et l’a relevé (Ac 22,10).
Paul pose deux questions à Jésus : « Qui es-tu Seigneur ? » (Ac 22,8), pour confesser, et « Que ferai-je ? » (Ac 22,10), pour changer de vie.
Il a connu de manière littéralement renversante et un instant le Christ, dont il annoncera ensuite toute sa vie le mystère ! Le cheval des artistes classiques n’est pas dans l’Ecriture mais représente l’orgueil, qu’il a délaissé !
Avant de pouvoir (en coopérant avec Dieu) passer du péché à la vie droite, la conversion consiste donc d’abord à laisser notre Créateur toucher notre intelligence, à consentir à l’Amour du Christ, à entrer et demeurer en relation personnelle continue avec Lui, et à chercher ensuite à vivre et aimer concrètement comme Jésus a vécu et aimé. La rencontre avec le Christ comprend toujours aussi un appel.
Sa personnalité spirituelle:
– Apôtre (héraut)
Rm 1:1 « Serviteur de Jésus-Christ, apôtre appelé, mis à part pour l’Evangile de Dieu« .
Paul est apôtre parce qu’il a été choisi par le Christ, dans un appel authentifié par les autres apôtres (ils confirment à Paul son « apostolicité » à Jérusalem, et il reçoit l’imposition des mains, comme une smikha rabbinique).
Juif, de culture grecque, et de nationalité romaine: idéal pour accueil et diffusion de l’Evangile.
Ep 6:20 « en ambassade » presbueô de l’Evangile.
Il dialogue avec les païens, jusqu’à évangélisation.
Chez les Pères de l’Eglise, « l’Apôtre » en est venu à constituer un titre désignant spécifiquement Paul, ce qui montre l’importance de sa mission de pratique, d’annonce et d’enseignement, exposant et actualisant en théologien, non systématiquement mais selon les circonstances, les actes et les paroles du Christ.
Jean Chrysostome explique: « J’aime tous les saints, mais j’aime surtout le bienheureux Paul, le vase d’élection (Ac 9:15, ie instrument choisi), la trompette céleste, l’ami de l’Epoux… » (Hom sur 2Co 11).
– Zélé pour Dieu (Ac 22:7; 1Co 9:27) et la Mission : âme de feu, Paul est un passionné, d’abord en persécutant, puis en annonçant l’Évangile et endurant pour cela toutes sortes d’épreuves (2Co 11:23s) le configurant au Christ crucifié.
Ph 3:13 Sans penser au chemin parcouru, je suis tout tendu pour aller de l’avant.
Ph 1:23 J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, ce qui serait, et de beaucoup, bien préférable ; 24 mais de l’autre, demeurer dans la chair est plus urgent pour votre bien.
Paul a parcouru de 12 à 16 000 km à pieds, à dos de monture ou en bateau.
1Co 9:16 Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
2Co 5:14 L’amour du Christ nous presse.
2Co 11:28 Mon obsession quotidienne, le souci de toutes les Églises! 29 Qui est faible, que je ne sois faible? Qui vient à tomber, qu’un feu ne me brûle? – Compassion –
2Tm 4:2 Proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire.
Accepte pour cela les persécutions, dénonce les hérésies…
– Docteur (1Tm 2:7 par), rempli de sagesse (2P 3:15) et ouvert à la culture (cf. Ac 17)
Verbes particulièrement employés pour la mission de Paul:
kêrussô, euvangelizô et didaskô (Ac 15,35), exêgeomai (/Jn 1,18), diêgeomai; dianoigô: ouvrir par; ana/ek-tithêmi (Ac 17,3): présenter, exposer; dialegomai (discuter/disputation théologique).
– Prophète (Ac 13,1; cf. 1Tm 4,1; 2Th 2,3s; Ac 27,22s…)
Ep 4,11 « [Christ] a donné les uns [comme] apôtres, les autres [comme] prophètes, les autres [comme] évangélistes, les autres [comme] pasteurs et docteurs »: Paul exerce les 5 œuvres de la diakonia.
– Mystique, Ac 9 par
2Co 12:1-9 : ravi au paradis/3è ciel
Ac 20:36: Paul prie à genoux pour l’unité et la foi droite
Ac 22:17 extase dans le Temple
Ga 6:17 « stigmates »
Ep 3:19 ; Ga 2:20
L’Esprit anime tout son apostolat (cf. Ac 9:17; 13:9s; 16:6-10; 20:22s; 1Co 2:4…).
– « Liturge du Christ » (Rm 15:16) ie prêtre : Ac 27:35 (célèbre la « Messe ») ; 1Co 11:26-26
– « Prisonnier du Christ» (Ph 1:7; Ep 3:1; 4,1; Phm 9): en captivité à cause de sa foi en Christ mais aussi volontairement attaché intérieurement au Christ.
– Fidèle à l’Eglise et à Pierre (1Co 15:5 ; Ga 1:18 tout en dénonçant un péché d’incohérence de ce dernier en Ga 2 ; et en communion avec les autres Apôtres (Ac 15 ; Ga 1:17-19;2:2 ; tout en affirmant qu’il est un témoin du Christ à leur égal : 1Co 9:1;15:8-11).
– Humble: il n’attribue ses œuvres qu’à la grâce de Dieu (1Co 4:7;15:10 ; 2Co 4:7 ; Ep 3:7 ; Ph 2:3;4:13 ; Col 1:29 ; 1Tm 1:15).
1Co 15:8: avorton.
2Co 10:10: sa parole est nulle.
– Envers les fidèles, Paul manifeste confiance (Ph 4:10-20) ou indignation (Ga 1:6 ; 3:1-3), et embarras devant les vices (2Co 12:11-13,10). Il sait se montrer dur (1Co 3:1-3;5:1-2;6:5;11:17-22 ; 2Co 11:3-4 ; Ga 3:1;4:11), ironique (1Co 4:8 ; 2Co 11:7;12:13), mais aussi tendre (2Co 11:1-2;12:14-15 ; Ph 1:7-8), se présentant comme le père (1Co 4:14-15 ; 2Co 6:13) et la mère (Ga 4:19 ; 1Th 2:7) de ses fidèles. (Cf. intro Best)
– Martyr à Rome (1Clément, 5,7 ; Eusèbe de Césarée, HE, II, 22 ; cf. 25.) vers l’an 68.
La tradition depuis le Vè s. dit qu’il a été captif à la prison Mamertime (Carcer tullianum ; décrit par l’historien antique Salluste comme un lieu répugnant à l’odeur pestilentielle; après Jugurtha affamé en 104 av. JC; les complices conspirateurs de Catilina exécutés par Cicéron en 63 av. JC; Vercingétorix étranglé en 46 av. JC; et avant le zélote Simon bar Giora en 71).
Témoignage en 2Tm (2Tm 1:18) ; la Lt du prêtre Gaïus, fin IIè, signale les trophées (monuments funéraires) de Pierre et Paul, au Vatican et sur la Via ostiense.
Les caractères du tombeau de St Paul-hors-les-murs sur la Via ostiense, sont semblables à ceux gravés au sommet de la colonne, au nom du pape Sirice qui consacre la basilique en 390.
Actes du martyre de Paul (C. SCHMIDT et W. SCHUBART, Acta Pauli, Hambourg 1936, 68-9): « Il se leva, se tourna vers l’orient et pria longtemps en ces termes : Père, je remets mon esprit entre Tes mains… Il termina sa prière en hébreu pour être en communion avec les Patriarches. Puis il tendit son cou, sans plus prononcer un mot ».
Chronologie paulinienne (vie et épîtres)
EPITRES
On identifie sept lettres directes de Paul, auxquelles s’ajoutent 6 autres rattachées à son école par la tradition (comme les livres d’Isaïe et Zacharie sont en 2 ou 3 parties).
Sur les 27 œuvres du Nouveau Testament, la moitié est associée à Paul (13 épîtres, et les 2/3 des Actes qui le concernent), ce qui représente un tiers des 7 957 versets (après les évangiles qui en constituent 47%).
3779 Evg, 2 033 versets des 13 épîtres (433 Rm, 437 1Co, 257 2Co, 149 Ga, 155 Ép, 104 Ph, 95 Col, 89 1Th, 47 2Th, 113 1Tm, 83 2Tm, 46 Ti, 25 Phm). Ac 9;13-28: 602
Genre littéraire :
La distinction d’Adolf Deismann (+1936) est un trop binaire mais peut aider à comprendre la particularité des épîtres pauliniennes : lettre/gramma/littera/Brief – épître/epistolâ/epistula/Epistel : spontanée-travaillée, personnelle-publique, circonstance-pour la postérité… Paul conjugue ces deux genres.
Il s’agit d’écrits motivés par les circonstances, mais qui abordent des sujets éternels ; Paul ne compose pas de traités théoriques systématiques et pourtant on y trouve une véritable et vaste théologie.
Même si on trouve une douzaine d’autres lettres ou épîtres brèves insérées dans des livres historiques et prophétiques de l’AT, cette manière de Paul d’écrire spécifiquement sous forme de missive est nouvelle par rapport aux autres écrits bibliques.
Les lettres manifestent une apparence de simplicité (effet rhétorique de spontanéité avec ruptures de constructions comme à l‘oral, absence de brouillon et brièveté), elles peuvent à la fois relever de la littérature de l’immédiateté voire de l’urgence, et viser la présence durable d’un enseignement délivré à distance.
Elles manifestent une relation particulière entre auteur et destinataire(s): parenté, amitié, autorité… N’étant pas d’abord de type administratif (recours, information, directive…), celles de Paul expriment la philophronésis (Aristote, Ethique à Nicomaque) : bienveillance, entretien de l’amitié.
Il s’adresse à des communautés ou des personnes précises, mais ce ne sont pas des lettres purement privées : en dehors des Juifs d’origine pharisienne, on ne comptait dans l’Antiquité que quelques pourcents de personnes sachant lire, et les lettres constituaient le support d’une lecture publique et d’une prédication orale assurée par des collaborateurs) ; à travers ses épîtres, il s’adresse à tous les croyants (cf. 1Th 5:27 ; Col 4:16 demandant qu’elle soit lue aussi à Laodicée et réciproquement ; cf. 2P 3:15).
La lettre paulinienne n’est jamais conçue indépendamment de l’oralité qui la précède et la prolonge (cf. Burnet). Paul peut exprimer dans une même épître à la fois un style familier (intentionnellement, il écrit souvent comme il parle : l’écrit était parfois critiqué dans l’Antiquité pour son manque de spontanéité et d’authenticité et comme une concession à la faiblesse de l’intellect), des compositions du genre hymnique pour le culte, et des envolées théologiques de très grande qualité littéraire (quoi que Ph 2 ; 1Co 13 ; Col 1).
Ses lettres semblent dictées, selon l’usage des anciens (Rm 16:22, avec l’exception de Phm 19), et il n’écrit lui-même que la salutation finale (1Co 16:21 ; Ga 6:11 ; Col 4:18 ; 2Th 3:17).
Certaines (en particulier les épîtres aux Corinthiens à l’aspect parfois composite) sont peut-être constituées de passages réassemblés, et que les deutéro- et trito-pauliniennes sont aussi le fruit de développements d’écoles pauliniennes.
On ne peut pas dater précisément les rédactions définitives. Le vocabulaire et le style peuvent changer, selon le secrétaire, les circonstances propres à chaque lettre et les corrections, mais l’idiolecte reste le même, de l’ordre du spontané.
Paul écrit dans un grec fluide, celui de la koîné distinguée de son temps (sans être extraordinaire, selon ce que semble indiquer Origène), avec quelques sémitismes, formules figées héritées, dans les citations ou échos de la Septante, et dans certains calques idiomatiques bien intégrés plutôt que dans la syntaxe courante: Abba, Maranatha (1Co 16,22), Béliar (2Co 6,15), satan et amen (passim), fils de lumière/du jour (1Th 5,5), fils de perdition (2Th 2,3), enfants de la promesse (Ga 4,28), chair et sang (Ga 1,16 et al), toute chair (Rm 3,20).
Il affiche un certain mépris pour l’éloquence (humaine), que seuls se permettent les grands rhéteurs ; il ne veut tirer sa force de persuasion que de la puissance de l’Esprit (cf. 1Co 2,4s ; 2Co 11,6s ; 1Th 1,5).
Ses phrases longues ont pour modèle la littérature religieuse hellénistique (Ep 1:3-14 ; Col 1:9-20). Mais Paul n’est pas celui qui aurait hellénisé la Foi. Une « tradition » exégétique prétend que sa doctrine s’opposerait à celle du Christ (Renan présente Paul comme un « fanatique »), et qu’il contredirait les autres apôtres : une simple mais rigoureuse comparaison montre qu’il s’agit de faussetés aberrantes, car tout ce qu’il affirme n’est que le développement continu de points présents dans les Evangiles (bien que ces derniers aient été finalisés à l’écrit un peu plus tard). Paul est solidaire des traditions apostoliques (1Co 11:23s; 15,3-7) et opère simplement des développements théologiques selon les nécessités des églises locales. Il ne s’oppose qu’aux chrétiens judaïsants priorisant l’ethnie et voulant ramener les convertis à la Loi comme fierté et fin (alors qu’elle est reçue et constitue d’abord un moyen). Paul se sert des méthodes argumentatives et exégétiques des rabbins de son époque (Ga 3:16 ; 4:21-31), mais fait éclater en même temps les limites de cet héritage traditionnel: il unit pharisaïsme (insistant sur le caractère ethnique et une lecture non symbolique ou spirituelle de la Loi) et messianisme, présentant en Jésus un Messie non plus simplement royal, mais divin, avec lequel il s’agit d’entrer en relation personnelle dans l’Eglise. La mission du Christ est un acte pascal de justification et d’adoption. La prédication paulinienne est bien kérygmatique.
Les épîtres pauliniennes ont développé un ethos fondé sur la Croix (force dans la faiblesse), et ont posé Paul comme père de ses destinataire : il a créé un mode de « parousia épistolaire » (Burnet: non plus une simple adresse personnelle ou une instruction administrative, mais une présence), que l’on retrouvera chez de nombreux Ecrivains ecclésiastiques, dont les Pères et les papes.
Concepts théologiques de Paul:
Mots fréquents dans les épîtres : apostolos, pneuma, euangelion, logos, doxa, êmera, parousia, eklegomai (choisir), sarx (chair), kosmos, porneia, agapê.
Mots (ou expressions) plus spécifiquement développés par Paul : en Christ (73 fois), amartia (« manquer sa cible », depuis Homère, hypostasié par Paul, vs amartêma ponctuel), diakonein (« se hâter de toute part »), stauros (fait historique, mystère, signe de reconnaissance, participation), ekklesia (appel), ethnê, sozô (santé de tout l’être), ruomai (délivre), sunallassô (réconcilier), apoluô (racheter), eleeô, dikaoô, charis (grâce: 100*), pistis (foi: 142*), thlipsis (tribulation), gnôsis, mustêrion
Antithèses : force/faiblesse, Dieu/monde, Esprit/chair, sagesse/folie, Loi/Grâce, Péché/Justice, Justice propre/Justice de Dieu, Condamnation/Justification, Colère de Dieu/Salut, homme extérieur/homme intérieur, psychique/pneumatique, vieil homme/homme nouveau, esclavage/adoption, se glorifier en soi/se glorifier dans le Seigneur, abaissement/exaltation, forme de Dieu/forme d’esclave, temporel/éternel, terrestre/céleste, ombre/corps, esprit de peur/esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi
Déjà sauvé et en espérance : Rm 8:24 « C’est en espérance que nous avons été sauvés. »
Sujets : Création, être humain, péché, justification, Croix et Résurrection, adoption, foi, pureté, Eglise, vie dans l’Esprit, jour du Seigneur (apocalypse, parousie), mystère d’Israël, mariage, parousie.
Plan habituel des épîtres:
* En-tête : Nom de l’envoyeur, avec ses titres (Paul manifeste à la fois de l’humilité et l’autorité divine reçue : Paul ne présuppose pas son autorité mais la présente) ; Destinataires ; formules laissant entrevoir le sujet de la lettre.
* Prière d’ouverture : souhaits de grâce et de paix (formula valetudinis), entremêlée de formules d’intercession : bénédiction performative ; fonction pastorale, didactique, parénétique, épistolaire, ou mémorielle. 2Co 1,3 est berakha de type juif.
* Partie doctrinale.
* Exhortations.
* Nouvelles personnelles.
* Salutations.
Lien avec la rhétorique antique (en particulier Aristote, Rhétorique, I, comme art civique et oral, pratiqué par Paul à l’écrit):
triade de trois attitudes intérieures : sagesse pratique/phronèsis – vertu/aretè – bienveillance/eunoia ; respectivement « Je sais ce qui est bon, je cherche sincèrement le bien, et je le cherche pour vous. »
Toutefois Aristote :
* s’appuie sur l’habilité persuasive (techné) de la sagesse humaine, que Paul récuse (1Co 2) en revendiquant l’autorité d’apôtre de JC ;
* s’appuie sur les croyances, lois et valeurs partagées de la cité grecque antique, alors que Paul s’appuie sur les Ecritures juives et l’événement du Christ ;
* vise le juste (judiciaire), l’utile (délibératif), l’honorable (épidictique), toujours orienté vers une décision rendue par l’auditoire en position de juge ou de spectateur, alors que Paul vise la conversion personnelle, l’édification de la communauté.
Dans le contenu : Logos (contenu même), pathos (manière de communiquer en touchant), ethos (manière de vivre, de celui qui parle et de ceux à qui il s’adresse, morale communautaire et domestique Haustafel).
Paul est plus un héraut prophétique et kérygmatique qu’un rhéteur hellénique.
Lien avec les procédés rabbiniques:
* qal wahomer (a fortiori) eg 2Co 3:7
* gezerah shawah (décision répétée) Rm 4:3
* binian av mishnei ketouvim (une compréhension tirée de deux écritures) 1Co 9:9.13
* kelal ufrat (le général et le particulier) Rm 13:9
* ka yotse bo mimaqom aher (interpréter quelque chose à partir d’un autre texte) He 8:7s
* davar halamed meinyano (une chose qu’on apprend à partir du sujet : déduction à partir du contexte) Rm 4:10
* midrash classique Ga 4:22s ; 1Co 10:4s
Points communs avec les Ecrits de Qumran:
* « fils de la lumière »,
* « oeuvres de la Loi »: 4QMMT miqsat ma’aseh ha-torah
* Ph 3,21 « ma joie et ma couronne »//Règle de la communauté, et Hymnes.
1Q 4,3 enseignement sur les 2 Esprits (dont celui d’humilité et de Vérité, vs celui de perversité)
* interdiction du divorce comme chez les Esséniens
* puissance de Dieu
* catalogues de vices et vertus
* apocalyptique
* anges
* colère de Dieu
* métaphore du corps pour la communauté (demeure de sainteté [d’Aaron]).
Paul est du courant pharisien mais bien impliqué dans les débats théologiques de son époque.
La pseudépigraphie de six épîtres :
Rm, 1Co, 2Co, Ga, Ph, 1Th, Phm sont protopauliniennes
Ép, Col, 2Th « deutéropauliniennes »
1Tm, 2Tm, Tt « tritopauliniennes » ou « pastorales ».
On les distingue par le vocabulaire, le style, les sujets théologiques, les contextes ecclésiaux qui transparaissent. Mais tout auteur évolue aussi…
La pseudépigraphie ne doit pas être jugé avec nos critères anachroniques de propriété intellectuelle ou de « faussaires ». Dans le monde antique (et judéo-chrétien), écrire sous le nom d’un grand homme (Paul, Pierre, Moïse, Isaïe) relève de plusieurs logiques :
* L’actualisation (Vergegenwärtigung) : on applique la pensée du maître à une situation nouvelle, l’autorité réside dans le fondateur de l’école. On actualise, sous le nom du grand fondateur, un enseignement réinterprété pour de nouveaux besoins communautaires.
* L’inspiration : l’auteur se sent habité par le même Esprit que l’Apôtre.
* La pseudépigraphie est souvent un acte de pietas (fidélité) envers la tradition, cherchant à sauvegarder l’héritage face aux hérésies.
R. Burnet distingue authorship (le fait d’être l’auteur réel ; attestée dès Hésiode) et autorité (auctoritas, force persuasive attachée à un nom).
L’apport du livre des Actes des apôtres:
Epitres et Actes des apôtres sont deux types d’écrits ou sources qui se complètent.
Dans les épitres, Paul rapporte seulement de brefs épisodes autobiographiques ; dans les Actes, Luc donne plus de détails.
Différences : Ac ne le nomme que deux fois apôtre ; la justification par la foi et non par les œuvres de la Loi n’apparaît qu’une fois, en Ac 13:38 (mais sujet du concile en Ac 15 ; l’auteur des Actes s’adresse surtout à des Grecs, donc n’insiste pas sur la question.)
Attention au scepticisme excessif sur les Actes (eg Trocmé : biaisé ; ou Baslez…) qui sont canoniques.
Les Actes présentent trois grands voyages missionnaires, dont Antioche apparaît comme le port d’attache. À plusieurs endroits, des morceaux (Ac 16,10s;20,5-15;21:1-18;27:1-58) paraissent comme un carnet de bord aux multiples noms de lieux, tenu par Luc lui-même.
* discours missionnaire pour les Juifs et prosélytes à Antioche de Pisidie (Ac 13:16-41) ;
* discours missionnaire pour les philosophes à Athènes (Ac 17:22-31) ;
* exhortation aux responsables d’Église à Milet (Ac 20:18-35).
Le récit sur l’ultime montée de Paul à Jérusalem, avec des annonces répétées de son emprisonnement, rappelle le voyage de Jésus lui-même (Lc 9:51s), ponctué par des annonces de la passion prochaine.
La captivité de Paul à Jérusalem et Césarée donne lieu à trois apologies prononcées par Paul lui-même :
* devant les Juifs qui ont voulu le lyncher au Temple (Ac 22:3-21) ;
* brève, devant le Sanhédrin (Ac 23:6) ;
* devant le gouverneur Festus et le roi Agrippa (Ac 26:2-23).
Spiritualité de Paul – Paul exprime une théologie authentique car vécue ; – 10 dimensions :
– Salut en Jésus-Christ, par grâce ( > 100 fois), par le moyen de la foi (142 fois)
Rm 3,23 Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu 20 personne ne sera justifié devant lui par la pratique de la Loi : la Loi ne fait que donner la connaissance du péché … 28 L’homme est justifié par la foi sans la pratique de la Loi…. 31 Alors, par la foi nous privons la Loi de sa valeur? Certes non! Nous la lui conférons. Salut par la foi avec les œuvres
Ga 5,6 La foi opérant par la charité.
Rm 7,12 La Loi est sainte, le précepte juste et bon.
Rm 10,4 L’accomplissement de la Loi, c’est le Christ.
2Co 9,15 Grâce soit rendue à Dieu pour son ineffable don! (Rendons grâce à Dieu pour ses bienfaits inexprimables)
Tt 2,11 La grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, s’est manifestée.
2Co 2,14 Rendons grâce à Dieu qui nous fait toujours triompher.
– Christocentrique (384 fois le nom de Christ)
Ep 3,19 L’Amour du Christ surpasse tout ce qu’on peut connaître.
Ga 2,20 Que ce ne soit plus moi qui vive, mais le Christ qui vit en moi. Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi.
Ph 1,21 Pour moi vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage.
Ph 1,23 J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, ce qui serait de beaucoup préférable…
Ph 3,8 Désormais, je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. À cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ…
1Co 11,1 Mon modèle à moi, c’est le Christ.
1Co 3,23 Vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu.
1Co 1,23 Nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,
Rm 14,8 Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur.
2Tm 1,12 Je sais en qui j’ai cru.
Ep 2,14 Le Christ est notre Paix.
– Enfance spirituelle
Rm 8,15 Vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier: Abba! Père! (//Ga 4:6)
Ep 1,3 Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ.
– Amour de l’Esprit Saint
Rm 8,9 Vous, vous n’êtes pas dans la chair mais dans l’esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous.
1Co 3,16 Vous êtes un temple de Dieu, et l’Esprit de Dieu habite en vous.
2Co 5,5 Dieu nous a donné les arrhes de l’Esprit.
1Co 12: charismes, Ga 5:20: fruits de l’Esprit.
2Co 3,17 Où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.
2Tm 1,7 Ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi.
– Charité radicale, exigeante
1Co 13 (hymne à la Charité)
2Co 5,14 L’amour du Christ nous presse.
Col 3,1 Recherchez les réalités d’en haut!
– Joie
1Th 5,16 Réjouissez-vous toujours.
Ph 4,4 Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous.
– Humilité
Ph 2,3 Que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi.
2Co 12,10 Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.
– Serviteur de la vérité
Ep 4,15 Confessant la vérité dans la charité…
1Co 13,6 L’amour trouve sa joie dans ce qui est vrai.
– Acceptation de l’épreuve 2Co 11:23s
Col 1,24 J’achève en ma chair ce qui manque à la Passion du Christ pour son Corps, qui est l’Église.
2Tm 4,7 J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat.
2Co 4,17 Les tribulations du moment sont légères et donnent au delà de toute mesure, leur poids de gloire pour l’éternité.
Les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous.
2Co 12,10 C’est pourquoi je me complais dans les outrages, les détresses et les persécutions…
– Conscience et annonce de la Parousie (derniers temps)
1Co 7:29-31;
Rm 13:11-12;
1Tm 4;
1Th 4:15;5,1-6;
2Th 2:1-4.
Tableau résumé des épîtres de Paul (Bible en 100 semaines) :
| Épître | Auteur | Datation approx. | Lieu de Rédaction | Contenu Principal |
|---|---|---|---|---|
| Romains | Paul | 57 | Corinthe | Doctrine de la justification par la foi; loi et grâce; Mystère d’Israël |
| 1Corinthiens | Paul | 55 | Éphèse | Correction des divisions dans l’Église; questions éthiques; Cène, charismes; cantique à l’Amour; Résurrection |
| 2Corinthiens | Paul | 56 | Macédoine | Relations avec la communauté de Corinthe; défense de l’apostolat; collecte |
| Galates | Paul | 48 ou 54 | Antioche ou Ephèse (Asie mineure) | Tension résolue avec Pierre; justification par la foi; liberté en Christ |
| Éphésiens | disciple de Paul | 60 – 62 | Rome | Église corps du Christ; Unité en Christ; vie chrétienne pratique; combat spirituel |
| Philippiens | Paul | 61 – 62 | Rome | Joie chrétienne; kénose; appel à l’humilité et à l’unité |
| Colossiens | inconnu | 60 – 62 | Rome | Suprématie du Christ; avertissement contre la fausse doctrine; vie nouvelle en Christ |
| 1Thessaloniciens | Paul | 50 – 51 | Corinthe | Encouragements; instruction sur la parousie |
| 2Thessaloniciens | inconnu | 51 – 52 | Corinthe | Clarifications sur la parousie (vs oisiveté); exhortations |
| 1Timothée | « | 62 – 66 | Macédoine ou Éphèse | Conseils pastoraux; organisation ecclésiastique; fausse connaissance |
| 2Timothée | « | 64 – 67 | Rome | Encouragements à Timothée; fidélité pour garder le dépôt de la foi; prière pour le défunt Onésiphore; fin de la vie de Paul |
| Tite | « | 63 – 65 | Macédoine, Nicopolis ou Crète | Organisation ecclésiastique; saine doctrine; vie chrétienne pratique |
| Philémon | Paul | 60 – 62 | Rome | Réconciliation et accueil d’Onésime |
Théologie résumée de Paul (l’objectif étant d’abord de parcourir le texte des épîtres):
Enjeu d’approfondir toujours les épîtres de Paul:
la théologie biblique (Dieu est passé par Paul pour se faire connaître au monde), la christologie (vs néoarianisme), les fins dernières, l’ecclésiologie, la mission (ouverture aux autres cultures), la vocation de la femme, le mystère d’Israël pour la foi et le salut (relation d’amour, d’accomplissement qui dépasse l’opposition, cf. document CTI 2001, le Peuple juif et les Saintes Ecritures n° 81), oecuménisme.
– Ancienneté : il est le rédacteur le plus ancien d’écrits chrétiens finalisés, 1Th vers 49-50.
Paul présente Jésus en étant inséré dans la vie des communautés. Il ne s’agit pas d’un regard au passé, mais au présent: Thessalonique, Philippe, Corinthe, Rome… La figure du Christ se trouve alors elle-même en filigrane dans l’existence historique de la communauté: Jésus apparaît présent à travers son Eglise.
– Diversité de son corpus, ce qui peut montrer une évolution: il a écrit pendant 15 ans
– Solidité de la pensée (sans que ce soit soit encore une synthèse)
– Enracinement dans le judaïsme (cf. Boyarin, Berkeley, Radical Jew, 1994):
continuité, dépassement et accomplissement.
Sur la Loi, attention au biais luthérien strict (psychologisant angoissé).
Le judaïsme est un « nomisme d’alliance » (E.P. Sanders): la Loi indique ce qu’il faut faire, mais n’a pas de rôle d’abord salvifique (elle est le témoignage de l’Alliance). Kippur (Lv 16) montre que la Torah considère elle-même que l’homme ne sera jamais parfait par ses prorpes forces et a besoin du Hesed divin.
Paul n’est ni antinomiste ni légaliste. La loi joue certes un rôle mais n’est pas centrale: le centre de gravité c’est le Christ.
– Le contenu de sa théologie n’est pas jamais une abstraction, mais l’exposition de sa spiritualité expérimentée, enthousiaste, passionnée, radicale et entraînante, en parlant à la 1ère personne du singulier (eg 2Tm 4:6-8): Christocentrisme; justification/salut en Jésus-Christ, par la Croix (1Co 1:18 logos tou staurou) et la Résurrection,… (cf. supra, et index plus systématique avec versets infra)
Objections contre Paul et réponses
Sujets de la théologie de Paul:
LE MONDE SANS DIEU
Le péché d’Adam: Rm 5:12-21
Le péché du monde: juifs et païens : Rm 1:18-3:20
Le refus d’Israël: Rm 9:30-10:21
La chair: Ga 5:16-21 ; Rm 7:14-24
LA PREPARATION DU CHRIST DANS L’AT
– La promesse: Ga 3:6-9;15-18;25-29 ; 4:1-7;21-31 ; Rm 4 ; 9:1-5 ;
– La Loi: Ga 3:10-14;19-24 ; Rm 7:1-8:4
LE CHRIST
– Sa mission
La mort de la croix
La «folie» de la croix: 1Co 1:17-25
Le sacrifice expiatoire: Rm 3:24-26
La sentence de la Loi: Rm 8:3 (Ga 4:13)
La dette aux Puissances: Col 2:14-15
– La Résurrection
Le fait: 1Co 15:1-11
Le sens: Rm 6:3-10
– Le «Retour» du Seigneur
Préliminaires: 2Th 2
Le «Jour»: 1Th 4:13-5 ; 1Co 15:22-58
– Son mystère
Le Serviteur abaissé et exalté: Ph 2:6-11
Le Créateur: Col 1:15-17
Le Seigneur des Anges: Col 2:10
Place du Christ dans le plan de Dieu: Ep 1:3-14
– Son salut
La résurrection des croyants: 1Th 4:13-18 ; 1Co 15
La vie: Rm 5:12-21
La libération du péché: Rm 6
La libération de 1a Loi: Rm 7 ; Ga 5
La vie dans l’Esprit: Rm 8 ; Ga 5
La libération des Puissances: Col 2:14-15
L’EGLISE
– Sa vie concrète
Les apôtres
Les hérauts de l’Evangile: 1Co 3:3:4-4:13 ; 2Co 2:14-6:10
Le rôle personnel de Paul: 2Co 11:1-12:10 ; Ga 1:11-2:10 ; Col 1:24-2:3 ; Ep 3
– Les fonctions «charismatiques»: 1Co 12 ; Ep 4:7-16
Les collaborateurs des apôtres: 1Tm 3:1-13 ; Tt 1:5-9
L’assemblée liturgique: 1Co 11-14
La collecte pour Jérusalem: 2Co 8-9
– Son mystère
Israël et les non juifs: Rm 11 ; Ep 2
La vie dans l’unité: Ep 4:4-16
LA VIE PERSONNELLE DU CROYANT
– Attitudes pratiques
La foi
Sagesse et Evangile : 1Co 1:18-3:3
Les exigences de prudence : 1Co 10:1-22
La foi d’Abraham: Rm 4
La «connaissance»: Col 1:9-11;2:6-7 ; Ep 1:17-19;3:15-19
La charité
Toutes les exhortations: Rm 12:3-21 ; Col 3:12-15
Cas spéciaux: 1Co 6:1-11;8:7-13 ; 2Co 8-9 Philémon
L’hymne de la charité: 1Co 13
Les devoirs d’état: Col 3:18-4:1 ; Ep 5:21-6:9
La pureté
Le danger d’impureté: 1Th 4:1-8 ; 1Co 5;6:12-20
Mariage et virginité: 1Co 7
L’inspiration de la vie de foi
La vie dans l’Esprit: 1Co 12:4 ; Ga 5:22-6:10 ; Rm 8:5-27
La vie cachée dans le Christ: Col 3:1-17
La vie de l’homme nouveau: Ep 4:17-5:20
Le combat spirituel selon Paul (cf. fiche)
Autres paroles de Bénédictions (exemples de la Parole qui donne la Vie. Si ces affirmations extraordinaires ne nous font pas encore crier de joie, c’est parce que nous ne les prenons pas encore suffisamment au sérieux et en profondeur, comme nous le devrions. Ne dévore pas tout d’un coup, mais laisse-s-en une résonner en toi.)
1Tm 2,4 Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. (verset « préféré » de Barsanuphe)
Rm 1,7 Que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu NP et de Jésus-Christ notre Seigneur.
Rm 8,37 Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés.
2Co 5,17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle: l’être ancien a disparu, un être nouveau est là. 18 Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation. (à péché passé révolu)
2Co 8,9 Vous connaissez, en effet, la grâce (charis) de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté.
Ep 1,4 Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour.
Ep 4,15 Vivant selon la vérité et dans la charité, nous grandirons de toutes manières vers Celui qui est la Tête, le Christ.
Col 1,12 Il vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière.
1Th 5,9 Dieu ne nous a pas destinés à subir sa colère, mais à posséder le salut par notre Seigneur Jésus Christ, 10 mort pour nous afin que, veillant ou dormant, nous vivions alors unis à lui.
2Th 2,13 Dieu vous a choisis dès le commencement pour être sauvés par l’Esprit qui sanctifie et la foi en la vérité: 14 c’est à quoi il vous a appelés par notre Évangile, pour que vous entriez en possession de la gloire de notre Seigneur Jésus Christ… 16 Laissez-vous réconforter par NSJC lui-même.
Bibliographie:
Baslez M.-Fr., Saint Paul : artisan d’un monde chrétien, Fayard 2008.
Burnet R., Epitres et lettres, Ier-IIe siècle, Cerf 2003.
Burnet R., L’Évangile de saint Paul, Cerf 2008.
de Solms E.– Jean-Nesmy Cl.– Miville-Dechêne C. (éd.), Bible chrétienne. Vol. III Actes des Apôtres / Romains / 1&2 Corinthiens / Galates, Anne Sigier 1994.
Fitzmyer, J. A. Pauline Letters and Other Studies: A Tribute to Joseph A. Fitzmyer. Gregorian & Biblical Press 1990.
Levine, A.-J.– Brettler, M. Z (dir.), The Jewish Annotated New Testament, 2d edition, OUP 2017.
Marguerat, D. Paul de Tarse, l’enfant terrible du christianisme, Seuil 2023.
Murphy-O’Connor J., Histoire de Paul de Tarse. Le voyageur du Christ (Initiations bibliques), Cerf 2004.
Murphy-O’Connor J., Paul et l’art épistolaire, Cerf 1992.
Programme de recherche « La Bible en ses Traditions ».
Collection « Cahiers Évangile » :
CE-67 (Gourgues M.), L’Évangile aux païens.
CE-88 (Collectif), Vocabulaire des Épitres de Paul.
CE-126 (Debergé P.), Paul, le pasteur.
SCE-154 (Collectif), Conversion de Saul, Vocation de Paul.