Paul vs objections


La plupart des critiques modernes contre Paul isolent un verset de son contexte historique (judaïsme du Ier siècle), littéraire (NT) et théologique (Incarnation et Salut par la foi en la Pâque du Christ), jugent le Ier siècle avec des catégories anachroniques (orientation sexuelle, droits d’auteur, égalité de genre et relations sociales au sens contemporain…), et expriment généralement un biais contre l’ensemble des fruits du christianisme depuis 2000 ans : Eglise, pensée, civilisation, œuvres, transformation des mœurs, impact social…. Relu dans l’ensemble de son œuvre, en cohérence avec le kérygme reçu des apôtres et à la lumière du Christ ressuscité qu’il annonce inlassablement, Paul n’est en rien le fossoyeur du message de Jésus, mais son témoin le plus ardent et systématique.

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Sujets Critique contre Paul Réponse catholique
1. Rôle des femmes Paul est accusé de misogynie. Ses injonctions à ce que les femmes se taisent dans les assemblées (1Co 14,34 ; 1Tm 2,11-12) et soient soumises à leur mari (Ép 5,22) auraient fondé le patriarcat chrétien. Contextualisation et principes d’égalité :
– Paul s’adresse à des Eglises locales précises (ex: problèmes d’ordre liturgique à Corinthe) à des moments déterminés, et cite ailleurs aussi (1Co 11,5) la parole publique des femmes.
– Il affirme l’égalité fondamentale : « Il n’y a plus mâle et femelle » (Ga 3,28).
– Les vocations sont complémentaires (de même dans les Evangiles, le Christ a distingué les sexes dans son appel des Apôtres) : en Ép 5,21s, la soumission est mutuelle (« soyez soumis les uns aux autres ») et le mari est appelé à aimer sa femme « comme le Christ a aimé l’Église » (sacrifice de soi).
– Il souligne le rôle nécessaire de Marie (Ga 4,4) et valorise le ministère de femmes comme Phébé, Priscille et Junia.

– Paul a ainsi libéré la femme de la misogynie gréco-romaine, préparant le terrain au culte marial.

2. Esclavage Paul est accusé de complaisance envers l’esclavage. En demandant à Onésime de retourner chez son maître Philémon et en disant aux esclaves d’obéir (Ép 6,5 ; Col 3,22), il aurait légitimé cette abomination. Subversion par l’intérieur :
– L’esclavage antique n’était pas racial mais économique et social ; Paul n’avait pas pour mandat de renverser l’Empire romain par la force voire par une révolte de masse.
– Il ne valide pas l’esclavage, mais le mine de l’intérieur en appelant Onésime « mon fils » et « un frère bien-aimé » (Phm 16).
– En déclarant que devant Dieu esclave et libre sont égaux (ontologiquement), il a posé le principe théologique qui conduira plus tard les chrétiens en premier à abolir l’esclavage.
3. Homosexualité Paul est accusé de « homophobie » ancrée dans son époque. Ses passages condamnant les relations homosexuelles (Rm 1,26-27; 1Co 6,9) seraient le fruit d’un préjugé culturel dépassé. Cohérence avec la morale biblique :
– Paul ne fait que réaffirmer la morale sexuelle de la Genèse (dessein originel du couple hétérosexuel) et du Lévitique.
– Pour Paul, l’acte homosexuel (comme tout acte sexuel hors du mariage hétérosexuel) est une rupture de l’ordre créationnel.
– L’Église distingue la « tendance » (qui n’est pas un péché en soi) de l’acte. Les critiques que Paul formule ne visent pas des catégories de personnes mais un ensemble d’actes (il termine par « vous avez été lavés » : 1Co 6,11), et en matière de sexualité, s’inscrivent dans une vision globale de la pureté, de l’agapè/don de soi, et du témoignage missionnaire (: pas dans une haine psychologique.
4. Judaïsme Paul est accusé d’être le père de l’antijudaïsme chrétien. Sa polémique contre la Loi mosaïque et le salut par la foi qui donnerait peu de place aux œuvres de la Loi aurait déclenché la rupture entre judaïsme et christianisme, et la théorie de la substitution Fierté identitaire et universalisme :
– Paul se définit lui-même comme « Hébreu, fils d’Hébreux » (Ph 3,5) et aime son peuple d’un amour absolu (Rm 9,1-5).

– Il est dans la pleine continuité de l’interprétation du Christ au sujet de la Loi mosaïque. Il s’appuie sur l’Alliance pour en démontrer l’accomplissement (cf. Ga 3 Abraham ; 1Co 10,6 figures).
– Les péchés objectifs le restent. La foi « opère » par l’amour (cf. §10), et « l’accomplissement de la loi, c’est l’amour » (Rm 13,10).
– Il ne condamne pas le judaïsme, mais argue que le Christ accomplissant les promesses faites à Israël, le salut est désormais universel (ouvert aux païens).
– Il oppose la foi seulement aux œuvres de la loi comme titres de gloire et « droits » à un salut acheté, non la foi à une vie transformée par la charité.
– L’antijudaïsme historique postérieur est une dérive politique et sociologique qui trahit la pensée de Paul, qui soutenait que les chrétiens d’origine païenne étaient « greffés » sur l’olivier franc qu’est Israël (Rm 11), et que l’Alliance est irrévocable (cf. Rm 11,29)

5. Invention du Christianisme Paul aurait transformé le simple rabbi Jésus de Nazareth, parlant d’amour et de pardon, en un préexistant « Fils de Dieu«  divin parlant de péché, croix et résurrection, et créé ainsi une religion différente.
Il aurait remplacé le Royaume (des Evangiles) par le Christ (des épîtres)
Continuité avec le Christ et les Apôtres :
– Plusieurs épîtres de Paul ont été finalisées avant les Évangiles, ce qui démontre que la divinité du Christ (Ph 2,5-11) et le mystère pascal (mort et résurrection) ne sont pas une invention postérieure de Paul, mais des réalités explicitement révélées et comprises dès la première communauté chrétienne (« christologie haute »).
– Paul se présente comme un serviteur et affirme recevoir son Évangile directement du Christ ressuscité, mais en cohérence totale avec les Douze (Ga 1-2).
– Jésus n’abolit pas la morale naturelle et révélée mais en demande l’authenticité : Paul l’explicite simplement
– Paul n’invente pas le dogme, il témoigne avoir « reçu » (Ga 1,12 ; 1Co 11,23 ; 15,3) et théologise l’événement de l’Incarnation et de Pâques (le Mystère chrétien).

– Tout Paul converge vers le Christ et la charité : Rm 13,8-10 ; Ga 5,6.14 ; 1Co 13.
– Son témoignage concret de vie tend à authentifier sa théologie

– Paul se réclame constamment de la tradition reçue des Douze (Ga 1-2) et cite des paroles du Seigneur antérieures à sa propre rédaction (1Co 11,23-25 sur l’institution eucharistique).

– Les autres Apôtres l’ont « ordonné » (Ac 13,3) et ont validé le ministère de Paul (cf. Ga 2, Ac 15).
– La distinction « Jésus de l’histoire / Christ de la foi » repose bien souvent sur un refus idéologique préalable du surnaturel plus que sur les textes eux-mêmes.

6. Corps et sexualité Paul mépriserait le corps et la sexualité, privilégiant le célibat par peur de la chair (1Co 7,1 : « il est bon pour l’homme de ne pas toucher de femme »). Il serait proche du dualisme gnostique. Théologie du corps et don de soi :
– La crainte de Paul n’est pas le corps, mais la concupiscence (l’égoïsme sexuel).

Les épîtres ne rejettent ni la création (Rm 1), ni le mariage (au contraire : Ep 5,32) ni la ni les biens terrestres, mais leur absolutisation.
– Il valorise très hautement le corps, « membre du Christs…temple du Saint-Esprit » (1Co 6,15.19), fait pour la gloire (Ph 3,21), et exprime l’unité de la personne humaine (1Th 5,25).
– Il critique non le corps mais la « chair » en tant qu’humanité centrée sur soi, livrée au péché ; il attend la résurrection du corps, non la libération de l’âme hors du corps.

– Il commande aussi aux époux de ne pas se refuser l’un à l’autre (1Co 7,3-5), valorisant ainsi une sexualité conjugale épanouie et réciproque.
– Le célibat n’est pas une fuite, mais un choix eschatologique pour se donner « sans division » au Royaume (1Co 7,32-35), tandis que le mariage est vécu comme un grand mystère reflétant l’amour du Christ pour son Église (Ép 5).

7. Anthropologie Paul aurait créé une culture pessimiste de culpabilité (Rm 3 ; 7), glorifiant la souffrance et obsédé par le jugement – Toute la théologie de la justification par la foi (Rm 3-5) est un message de libération par rapport à la culpabilité légaliste, non son fondement.
Le diagnostic du péché n’est jamais la finalité : il débouche sur la grâce (Rm 5,20)
– Le réalisme sur la faiblesse humaine est une lucidité anthropologique, non un pessimisme moralisateur.
– Paul ne valorise jamais la souffrance injuste en idéal moral ; il ne recherche pas la souffrance pour elle-même mais la comprend comme possible participation au Christ et à la Rédemption (Col 1,24) et comme conséquence possible du témoignage.
– Les épîtres chantent avec finesse la grandeur (cf. 1Th 5,25) et la beauté de l’être humain racheté, délivré de la honte (cf. Col 2,14) et aimé par le Christ (Ep 3,19)

– Dans la continuité de l’Evangile que Paul explicite, jugement et miséricorde ne sont pas opposés. Le jugement rend intelligible la gravité du mal, reconnaît la responsabilité de chaque personne, et annonce que les victimes seront restaurées dans leurs droits.

8. Politique Paul encouragerait la soumission aux tyrans (Rm 13,1-7) et aurait prôné un par l’évangélisation un colonialisme culturel Paul prône l’ordre civil, non la complaisance idéologique ou morale.

– Il demande une certaine obéissance en rappelant que tout vient de Dieu (cf. Jn 19,11), afin d’éviter que les chrétiens ne soient vus comme une secte anarchiste et séditieuse, a fortiori sous le règne de Néron.

– L’État a pour rôle divin de punir le mal et maintenir l’ordre ; cependant, les chrétiens (Paul inclus) obéissent à une règle supérieure : « rendre à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22,21), « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29).

– Paul lui-même a souvent désobéi aux autorités locales (Ac 16 ; 22-28) en donnant la priorité à la prédication de l’Évangile ; il a fini décapité par ce même Empire romain.

– Il refuse de demander aux païens de devenir culturellement juifs pour connaître Jésus-Christ et entrer dans l’Église (Ac 15 ; Ga 2).

9. Psychologie Paul aurait été rigide, colérique, autoritariste, obsédé par le contrôle des Eglises locales dont il aurait inventé les structures d’autorité.…
Il aurait été incohérent en disant qu’il n’y a plus de distinctions sociales (Ga 3,28).
Paul était vulnérable et motivé par l’amour pastoral.

– Ses lettres montrent un homme qui souffre et pleure (emprisonnements, flagellations, naufrages) pour ceux qu’il a évangélisés (cf. 2Co), rempli d’attentions et de tendresse pour eux (cf. Ph). Il se décrit comme une « mère qui prend soin de ses enfants » (1Th 2,7).

– Il s’est livré comme serviteur (cf Mc 9,35) pour le salut du plus grand nombre (1Co 9,19-22)

– Son autorité n’est jamais pour son intérêt personnel (il travaillait de ses mains pour ne pas être à charge), mais pour protéger ses communautés des fausses doctrines (cf. 1Co 10,33).

– Paul a reçu et exerce une autorité apostolique, tout en argumentant, exhortant, suppliant et se mettant lui-même sous l’Évangile qu’il annonce; il peut même laisser une décision à la conscience dans certains domaines. (1Co 7,10-12.25.40 ; Phm 8-9 ; 2Co 1,24.).

– En corrigeant un comportement de Pierre (Ga 2,11-14), il ne conteste pas la primauté révélée mais exerce sa responsabilité apostolique de servir la Vérité, la communion et la mission.

– Les structures communautaires sont déjà attestées avant lui. Paul connaît anciens, responsables, évêques/épiscopes, diacres et autorités apostoliques. (Ac 14,23 ; Ph 1,1 ; 1Tm 3 ; Tt 1)

– Ga 3,28 vise l’égalité de la vocation au salut et l’incorporation au Christ, non l’effacement des différences fonctionnelles ou personnelles. L’égalité de dignité n’est pas l’identité de fonction et requiert même en ce monde leur distinction.

10. Foi, raison et morale Paul est accusé d’irrationalisme et d’avoir ruiné l’éthique en affirmant qu’on est sauvé « par la foi sans les œuvres de la loi » (Rm 3,28), encourageant un antinomisme (mépris de la morale). Fides et Ratio (Foi et Raison) :
– Suivant les Ecritures, Paul oppose la « sagesse du monde » à la logique de la croix, mais ne rejette en rien la raison: il raisonne et argumente constamment.

– Paul s’oppose au légalisme (l’orgueil de croire qu’on « achète » son salut par des mérites), pas à la morale. « La foi qui agit par la charité » (Ga 5,6) montre que la vraie foi produit nécessairement des œuvres.
– Le salut est un don gratuit (grâce) auquel il s’agit de coopérer (1Co 3,9) ; ce don transforme la vie.
– Paul ne détruit pas la Loi, il la « récapitule » dans l’amour du prochain (Rm 13,8-10).

11. Mystique Le chemin de Damas ne serait qu’une hallucination, une crise d’épilepsie ou une insolation – Une simple hallucination n’explique pas un bouleversement existentiel aussi radical et fécond sur des décennies (persécuteur zélé devenu missionnaire jusqu’au martyre, fondant une théologie cohérente et sans égale).
– Paul situe lui-même cette rencontre sur le même plan que toutes les apparitions du Ressuscité aux autres apôtres, dans la liste de témoins de 1Co 15,3-8.
– L’hypothèse naturaliste réductrice exige elle-même des suppositions au moins aussi fortes que celle qu’elle prétend écarter.
12. Authenticité des épîtres Seules 7 des 13 épîtres semblent de sa main – La pseudépigraphie était une pratique antique reconnue, à ne pas juger avec des critères modernes.
– Les écoles pauliniennes sont légitimes.
– Des propos de Paul, y compris des citations du Christ (eg Ac 20,35) ne se trouvent pas textuellement dans les Evangiles, ce qui était prévu (Jn 21,25), et rien n’indique qu’il s’agisse de falsification.
– L’autorité canonique ne se limite pas selon le texte à la première génération ; elle repose, dans la foi de l’Église, non seulement sur la paternité littéraire directe mais sur l’inspiration, la réception ecclésiale et l’accord avec la règle de foi.